Bien que touchant 50 à 75% des femmes à un moment de leur vie, le prolapsus est encore aujourd’hui une pathologie souvent tabou, car marquée d’une connotation négative, qui peut générer une certaine honte mais aussi l’incompréhension. Nombreuses sont les femmes, à tout âge, qui n’osent pas en parler, voire qui ne consultent pas, et ne savent pas que le prolapsus n’est pas une fatalité et que l’on peut le prévenir et le prendre en charge.

Chez MyLittlePessaire, nous croyons qu’il est important de briser ces tabous, et d’aider les femmes à comprendre leur anatomie et comment fonctionne leur corps : quels sont les facteurs favorisant l’apparition d’un prolapsus, comment on peut se réapproprier son corps et sa féminité, et retrouver la qualité de vie à laquelle on a toutes droit, et rester libre de ses mouvements.

Pour commencer, qu'entend-on par "prolapsus" ?

« Prolapsus » est un terme latin qui signifie « chute ». Un prolapsus est la descente d’un organe ou d’une partie d’un organe.

Dans le langage courant, quand on parle de « prolapsus », on parle généralement de prolapsus génito-urinaire, c’est-à-dire de la descente d’un ou plusieurs organes du petit bassin : vessie, utérus, rectum. Ces organes s’appuient alors contre la paroi vaginale, et peuvent finir par la déformer en formant des hernies (dans le langage courant, on parle souvent de boules molles dans le vagin), voire par s’extérioriser complètement au niveau de la vulve (l’utérus peut sortir du vagin dans le cadre d’un prolapsus avancé par exemple).

Un prolapsus peut être transitoire, et finir par se résorber doucement en post-partum s’il est détecté et pris en charge rapidement, ou bien être permanent. Le diagnostic est donc clinique et rapide : il se fait par examen au spéculum et/ou par toucher vaginal.

Un prolapsus n’est jamais grave, et ne comporte pas de risque pour la santé. En revanche, il entraîne souvent une perte de qualité de vie, de l’inconfort, voire des douleurs, et l’impossibilité de pratiquer certaines activités physiques et/ou sportives.

3 organes peuvent être concernés par le prolapsus génito-urinaire :

Il est fréquent que des prolapsus de plusieurs organes soient associés.

L’importance d’un prolapsus est exprimée par 4 grades, selon le niveau auquel les organes sont descendus :

Quels sont les symptômes du prolapsus génito-urinaire ?

Les symptômes les plus courants du prolapsus sont des sensations de lourdeur et de pesanteur pelvienne, qui peuvent être accompagnées de douleurs spontanées ou lors des rapports sexuels (on parle de dyspareunie).

D’autres symptômes peuvent se manifester dans la vie sexuelle : perte de sensations, sensation de béance de la vulve, gêne lors de la pénétration.

Des troubles urinaires sont aussi des symptômes fréquents, notamment en cas de cystocèle (prolapsus de la vessie) : incontinence, difficultés à uriner, infections urinaires… Des troubles anaux (difficulté à aller à la selle ou incontinence anale) peuvent également être provoqués par une rectocèle (prolapsus du rectum).

Il est également habituel de sentir une sorte de boule molle (ou dure s’il s’agit d’un prolapsus de l’utérus) à l’intérieur du vagin, qui peut provoquer une gêne en continu, lors de certains mouvements, ou lors des rapports sexuels.

En synthèse, les symptômes les plus fréquents d’un prolapsus sont les suivants:

  • Pesanteur pelvienne
  • Douleurs
  • Dyspareunie (douleur aux rapports sexuels)
  • Gêne lors des rapports
  • Troubles urinaires
  • Troubles anaux

Qui est concerné ?

Le prolapsus génital est une pathologie qui touche majoritairement les femmes, pendant la grossesse ou juste après l’accouchement, et au moment de la ménopause. Les changements hormonaux qui se produisent durant les différentes étapes de la vie d’une femme entraînent une perte d’élasticité et de tonicité des ligaments et fibres musculaires, qui ne parviennent plus à soutenir aussi bien les différents organes. Le travail lors de l’accouchement est également susceptible de distendre voire de déchirer les ligaments et/ou les muscles pelviens, et donc de provoquer, ou bien de préparer le terrain pour un futur prolapsus.

Ce trouble est très fréquent : on estime qu’entre 1 femme sur 2 et 3 femmes sur 4 sont atteintes d’un prolapsus génital à un moment de leur vie, même s’il n’est pas toujours symptomatique.

L’idée reçue selon laquelle le prolapsus ne concernerait que les femmes âgées est fausse. Il est fréquent que des femmes jeunes, en particulier après l’accouchement, souffrent de prolapsus, y compris des prolapsus importants de grade III ou IV.  Selon certaines études, 83% des femmes souffriraient d’un prolapsus 6 mois après l’accouchement, dont la moitié souffrirait d’un prolapsus de grade II. Les femmes sportives, en particulier les sportives de haut niveau, y sont également sujettes.

Comment apparaît le prolapsus ?

Les organes du petit bassin (l’utérus, la vessie et le rectum) sont maintenus en place par un ensemble musculaire et ligamentaire complexe, qu’on désigne souvent par le terme « périnée ». Pour faire simple, ces organes sont suspendus à des ligaments, et soutenus par un ensemble de muscles, qu’on appelle « sangle périnéale » (pour sa fonction dynamique, plutôt que « plancher pelvien », à connotation plutôt inerte), qui forment une sorte de hamac entre le pubis et le sacrum. Cet ensemble est traversé par un orifice important, le vagin, créant ainsi une « zone de fragilité ».

Le prolapsus génito-urinaire est provoqué par un affaiblissement ou un étirement des ligaments auxquels sont suspendus les organes pelviens. Trop distendus, ces ligaments ne remplissent plus correctement leur fonction, qui est de maintenir à leur place ces organes. Ces derniers ont alors tendance à glisser vers le bas sous l’effet de la gravité, et à peser sur les muscles de la sangle périnéale. Lorsque ces muscles sont également affaiblis, relâchés ou trop étirés, ils ne sont plus en capacité, notamment au niveau de l’urètre et du rectum, d’assurer une fonction de soutien et de clôture : les organes ne sont plus du tout maintenus et s’affaissent encore davantage à travers la paroi vaginale. La distension des ligaments des organes pelviens aura alors tendance à s’accentuer, puisqu’ils ne bénéficient plus du soutien du périnée et sont donc encore davantage sollicités par le poids des organes… C’est un cercle vicieux.

Malheureusement, il est illusoire une fois les structures de suspension défaillantes de penser les » retendre » par un travail de contraction périnéale. La prise en charge se fera différemment.

Quels sont les facteurs de risque du prolapsus génital ?

Les facteurs de risques du prolapsus génital sont nombreux et doivent souvent se combiner pour aboutir à une descente d’organes. Les facteurs les plus importants sont les facteurs obstétricaux et hormonaux, mais les facteurs liés au mode de vie ont également une incidence forte.

Grossesse, accouchement par voie basse, multiparité, déchirure du périnée…

Ménopause, hypo-œstrogénie

Constipation chronique, troubles respiratoires provoquant des toux violentes et fréquentes

Antécédents de chirurgie pelvienne, hystérectomie

Vieillissement des tissus

Certaines activités physiques (course à pied et sports d’impact d’une manière générale, efforts importants sur les abdominaux), métiers nécessitant de porter régulièrement de lourdes charges, modification de la posture liée au port de certaines chaussures, obésité / surpoids

Les solutions thérapeutiques

3 solutions thérapeutiques existent pour vous soulager des symptômes de votre prolapsus. Ces solutions ne s’excluent pas mutuellement, elles peuvent être complémentaires. Certaines peuvent de plus être plus ou moins adaptées en fonction de la période de votre vie, de vos attentes de grossesse, etc.

La rééducation thoraco-abdomino-périnéale

La rééducation thoraco-abdomino-périnéale (souvent appelée « rééducation périnéale ») a un rôle à jouer pour faire un état des lieux (bilan) afin de bien définir les causes du prolapsus et de mettre en place des séances adaptées. Elle peut permettre de renforcer les muscles de la sangle pelvienne et donc d’améliorer le maintien des organes et de soulager les ligaments auxquels ils sont suspendus. En revanche, elle ne permet pas de restaurer les ligaments, qui s’ils sont distendus le resteront. La rééducation est encadrée par un thérapeute spécialisé dans ce domaine (kinésithérapeute ou sage-femme), mais la place de l’auto-rééducation à domicile est également importante. La rééducation est une solution thérapeutique et préventive.

Le pessaire

Ce petit dispositif médical en silicone est inséré dans le vagin pour repositionner correctement les organes, soulageant ainsi des différents symptômes liés au prolapsus. Il s’agit d’une solution conservative, flexible et réversible, qui peut être utilisée en continu, temporairement ou ponctuellement, en solution thérapeutique ou préventive. Alternative efficace à la chirurgie, le pessaire est également utile en complément de la chirurgie : il permet d’attendre l’opération sans avoir à souffrir des symptômes du prolapsus, de préparer les muqueuses à l’opération, et d’anticiper l’impact de la chirurgie sur la symptomatologie (il permet notamment de détecter une éventuelle incontinence masquée par le prolapsus). Le pessaire est également une solution thérapeutique et préventive. Il ne traite pas mais soulage et apporte un réel confort dans la vie quotidienne et lors des activités physiques et/ou sportives.

La chirurgie

Elle consiste à repositionner les organes pelviens avec des techniques adaptées à chaque pathologie. Elle peut être réalisée par voie haute (promontofixation, sous anesthésie générale) ou par voie basse (anesthésie régionale par péridurale). Actuellement, les recommandations vont plutôt vers la promontofixation. Cette opération se réalise par cœlioscopie, c’est-à-dire en réalisant de petits trous de quelques millimètres au niveau de l’abdomen, à travers lesquels seront introduites les prothèses. La chirurgie du prolapsus nécessite en général une hospitalisation d’une ou deux journées, mais elle peut également se faire en ambulatoire. Le principal risque est celui d’une récidive, le vieillissement des tissus se poursuivant après l’opération, surtout en cas d’efforts chroniques. Dans le cas de la promontofixation, le risque est essentiellement celui d’une modification de la statique pelvienne avec décompensation d’un autre étage, ou encore celui d’une complication au niveau des prothèses. Une incontinence urinaire à l’effort peut également être démasquée par la chirurgie et se déclarer en postopératoire, si elle n’a pas été identifiée au préalable.

Un prolapsus peut également être atténué par des mesures liées à l’hygiène de vie (on parle de rééducation comportementale) :

  • Mesures diététiques en cas de surpoids ou d’obésité
  • Amélioration du transit, apprendre à déféquer correctement (posture et respiration)
  • Posture et respiration lors des exercices physiques
  • Traiter des toux chroniques

Enfin, un traitement ciblant les troubles liés à la ménopause peut également être indiqué pour les femmes souffrant d’atrophie vulvo-vaginale, en particulier un traitement hormonal substitutif (sauf contre-indications). Ce type de traitement, en rétablissant l’équilibre hormonal, permet d’améliorer la trophicité et l’élasticité des muqueuses vaginales, et donc de réduire leur effondrement et de les rendre plus résistantes au poids exercé par les organes du bassin pelvien.

Ce type de traitement est par ailleurs souvent prescrit en complément des autres solutions thérapeutiques. Il permet notamment d’optimiser la tolérance au pessaire en évitant qu’il ne provoque d’éventuelles irritations ou érosions vaginales sur une muqueuse trop fragile.

Peut-on prévenir le prolapsus ?

Nous sommes des mammifères bipèdes, nous ne pouvons donc malheureusement pas grand-chose contre la gravité et le poids qui s’exercent tout au long de notre vie sur les organes de notre petit bassin.

Toutefois, il existe des moyens de protéger les ligaments et les muscles de la sangle périnéale, et de réduire les risques de prolapsus. Et il existe des moyens d’arrêter l’évolution d’un prolapsus à un stade peu important voire asymptomatique.

  • Préparation à l’accouchement
  • Rééducation périnéale (en particulier après l’accouchement)
  • Education aux gestes de la vie quotidienne (miction, aller à la selle, ramasser un objet lourd…)
  • Education à la pratique sportive (respiration, posture…) : découvrez notamment les ateliers proposés par l’association Sport & Spécificités Féminines
  • Port d’un pessaire
    • Pendant la pratique des activités à risque pour le périnée (sport, port de lourdes charges)
    • Pendant les périodes où une forte pression s’exerce sur le périnée (grossesse, épisodes de toux chronique)
    • Lors du diagnostic d’un début de prolapsus, même asymptomatique, pour éviter l’aggravation et l’apparition de symptômes