Épisode 1 – Périnée et grossesse : le héros discret se prépare
Premier épisode de notre série consacrée au périnée : avant de parler d'accouchement, découvrons ce que fait cet organe au quotidien et comment il se prépare, pendant neuf mois, au grand jour. Cet article est proposé à titre d'information et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
💡 L'essentiel de cet épisode
- Le périnée est un organe actif, qui travaille en permanence avec la respiration, les abdominaux et la posture.
- Pendant la grossesse, il s'adapte naturellement : il continue de soutenir les organes tout en s'assouplissant.
- Comprendre son périnée, respirer, bouger et, si on le souhaite, le masser en fin de grossesse aide à l'accompagner.
Lorsque l'on évoque la grossesse, notre imaginaire se tourne spontanément vers le bébé qui grandit, l'utérus qui s'arrondit, le placenta qui nourrit la vie ou encore les fantastiques bouleversements hormonaux qui rendent cette aventure possible. Ces transformations sont fascinantes, et à juste titre.
Pourtant, au cœur de cette incroyable orchestration, un autre acteur travaille en coulisses, avec une discrétion presque déconcertante. Au fil des transformations de votre corps, il s’adapte sans jamais se faire remarquer…jusqu'au jour où il se retrouve sur le devant de la scène, parfois révélé par une fuite urinaire, une sensation de pesanteur ou une douleur.
Cet acteur, c'est votre périnée.
Nous avons longtemps appris à le regarder sous l'angle de ses fragilités. Comme si le périnée n'existait qu'à travers les troubles qu'il pouvait provoquer. Comme s'il devenait intéressant uniquement lorsqu'il "lâchait".
C'est profondément injuste, car avant d'être concerné par d'éventuels symptômes, le périnée est surtout un organe fonctionnel d'une remarquable sophistication, dont le rôle est absolument essentiel à chaque instant de votre vie… et plus encore pendant la périnatalité.
Bien plus qu'un "muscle"
Le périnée est constitué de plusieurs plans musculaires imbriqués, auxquels s'ajoutent des fascias, des ligaments, des tissus conjonctifs, des vaisseaux sanguins et un réseau nerveux particulièrement riche. Toutes ces structures fonctionnent comme un ensemble cohérent, en dialogue permanent avec le reste du corps.
On parle aujourd'hui de synergie abdomino-pelvienne, tant ces structures sont interdépendantes.
L’expression anglophone “pelvic floor” ou plancher pelvien en français, traduit bien le rôle architectural du périnée : il constitue la base du caisson abdominal et forme un véritable socle vivant sur lequel reposent la vessie, l'utérus et le rectum. Les anatomistes distinguent en réalité les deux ; comme dans le langage courant, nous les employons ici de façon équivalente.
Mais contrairement au plancher d'une maison, celui-ci n'est jamais immobile.
Il s'abaisse légèrement à chaque inspiration, remonte naturellement à l'expiration, s'ajuste à chaque mouvement, amortit les variations de pression lorsque vous riez, éternuez ou portez une charge, participe au maintien de votre posture, à votre équilibre, à votre continence urinaire et anale, à la miction, à la défécation, à la sexualité… et, bien sûr, à la grossesse puis à l'accouchement.
Autrement dit, il travaille en permanence, même en dehors de la grossesse.
❤️ Le regard de My Little Pessaire
Nous passons une grande partie de notre vie sans penser à notre périnée.
Et c'est sans doute le plus beau compliment que l'on puisse lui faire.
Lorsqu'il fonctionne bien, il est discret. Il soutient, s'adapte, protège, accompagne chacun de nos mouvements sans jamais attirer notre attention.
Cette série est une invitation à faire connaissance avec lui, non parce qu'il serait fragile, mais parce qu'il est extraordinairement précieux.
🔬 Ce que la recherche nous apprend
Toutes les femmes n'ont pas le même tissu conjonctif
Pourquoi certaines femmes développent-elles un prolapsus après un seul accouchement alors que d'autres n'en présenteront jamais malgré plusieurs grossesses ?
La réponse ne dépend pas uniquement de l'accouchement. Les recherches montrent que la qualité du tissu conjonctif, largement influencée par la génétique, joue un rôle majeur. Les fibres de collagène et d'élastine qui soutiennent les organes pelviens ne possèdent pas les mêmes propriétés chez toutes les femmes. Cette découverte explique pourquoi la grossesse et l'accouchement racontent seulement une partie de l'histoire de la santé périnéale.
1 - Un corps entier qui se transforme
Dès les premières semaines de la grossesse, tout l’organisme se réarrange pour créer les conditions les plus favorables au développement du fœtus et se préparer progressivement à la naissance.
Le cœur augmente son débit cardiaque, le volume sanguin s'accroît d'environ 40 à 50 %, la ventilation pulmonaire devient plus efficace, les reins adaptent leur activité, tandis que le système endocrinien orchestre une succession de modifications d'une remarquable précision. Aucun organe n'échappe à cette réorganisation.
Le périnée, lui, adapte progressivement ses propriétés biomécaniques afin qu'il puisse concilier deux exigences en apparence contradictoires : continuer à soutenir efficacement les organes pelviens pendant toute la grossesse, tout en acquérant la capacité de s’assouplir au moment de l'accouchement.
La grossesse entraîne des modifications hormonales progressives qui remodèlent les tissus : les œstrogènes, la progestérone et la relaxine participent à modifier les propriétés mécaniques des muscles, des ligaments et des tissus conjonctifs. Les fibres de collagène acquièrent progressivement davantage de souplesse, les ligaments deviennent plus extensibles et l'ensemble du plancher pelvien se prépare à répondre à des contraintes qui iront croissant au fil des mois.
À mesure que l'utérus grandit, le centre de gravité se déplace progressivement vers l'avant. La posture évolue, le diaphragme remonte sous l'effet de la croissance utérine, les muscles abdominaux s'étirent et la répartition des contraintes mécaniques se modifie. Le périnée ajuste alors en permanence son activité afin de maintenir un équilibre fonctionnel malgré un environnement en constante évolution.
🧠 Comprendre
Le collagène : l'architecte invisible du périnée
Le collagène est souvent présenté comme une protéine « anti-âge ». En réalité, il est surtout le principal matériau de construction de nos tissus conjonctifs.
Pendant la grossesse, son organisation évolue sous l'influence des hormones. Certaines fibres deviennent plus souples, d'autres se réorganisent afin de permettre au périnée de s'adapter progressivement aux contraintes croissantes. Après la naissance, ce même collagène sera de nouveau remodelé pour participer à la récupération des tissus. Le périnée est donc un organe en perpétuel chantier biologique.
🔬 Ce que la recherche nous apprend
Le microbiote vaginal change lui aussi pendant la grossesse
Sous l'influence des hormones, la composition du microbiote vaginal évolue pendant la grossesse. Il devient généralement moins diversifié et plus riche en Lactobacillus, des bactéries qui contribuent à maintenir un pH acide et à limiter le développement de certains micro-organismes pathogènes.
Ces modifications participent à la protection de la mère, mais aussi du futur nouveau-né au moment de la naissance. Les recherches se poursuivent pour mieux comprendre le rôle du microbiote dans la prévention des infections et dans la santé à long terme de l'enfant.
2 - Pourquoi préparer son périnée ?
Le périnée a beau être prodigieux dans son adaptabilité, la grossesse et l'accouchement constituent néanmoins un défi biomécanique, neurologique et tissulaire unique. Préparer le périnée consiste donc à mettre toutes les chances de son côté pour que cette capacité d'adaptation puisse s'exprimer dans les meilleures conditions possibles, de la même manière qu'un athlète entraîne son corps à devenir plus performant.
Il n'existe pas de "bonne préparation périnéale" universelle. Il existe une préparation adaptée à chaque femme.
La santé pelvienne résulte d'une interaction complexe entre de nombreux facteurs : les caractéristiques anatomiques, la qualité des tissus conjonctifs, les facteurs génétiques, les antécédents obstétricaux, certaines pathologies, le niveau d'activité physique, les habitudes de vie et d’alimentation, ou encore la manière dont les différents groupes musculaires fonctionnent ensemble.
3 - Comment préparer son périnée ?
La grossesse est un moment propice pour apprendre à connaître son périnée. On en profite pour l’accompagner dans ses transformations dès le début, et ainsi le préparer efficacement à l’accouchement et faciliter sa récupération post-partum, en prenant en compte la biomécanique dans son ensemble (biologie des tissus, imprégnation hormonale, plasticité du système nerveux…).
a - Comprendre son périnée
Nous savons aujourd'hui que l'apprentissage d'un mouvement est plus efficace lorsque le cerveau dispose d'une représentation claire de ce qu'il cherche à réaliser : comprendre le rôle d'un muscle, savoir où il se situe, reconnaître les sensations associées à sa contraction mais aussi à son relâchement. (Ce principe est d’ailleurs utilisé dans de nombreux domaines du sport et de la rééducation).
Une femme qui parvient à localiser son plancher pelvien, à distinguer une contraction d'un relâchement, à coordonner cette action avec sa respiration et à comprendre comment cette région de son corps se transforme pendant la grossesse dispose d'une base beaucoup plus solide pour aborder la préparation à la naissance et la récupération post-partum.
C'est pourquoi cette préparation s'inscrit dans une approche globale.
b - Préparer son périnée au quotidien
La respiration abdominale joue un rôle essentiel. À l’inspiration, le diaphragme descend et les pressions à l’intérieur de l’abdomen augmentent légèrement ; le plancher pelvien s’adapte alors à ce mouvement. À l’expiration, le diaphragme remonte et les pressions diminuent. Cette chorégraphie se répète des milliers de fois chaque jour. Au fil de la grossesse, la croissance de l’utérus modifie progressivement la position du diaphragme et la répartition des pressions. Apprendre à respirer de manière souple et à accompagner les efforts avec sa respiration permet ainsi de favoriser une bonne coordination entre le diaphragme, les abdominaux et le périnée, pendant la grossesse, mais aussi lors de l’accouchement et de la récupération postnatale.
Le mouvement constitue un autre élément important. En l’absence de contre-indication médicale, une activité physique régulière est bénéfique tout au long de la grossesse. Elle contribue notamment à réduire le risque de diabète gestationnel, de pré-éclampsie, de prise de poids excessive et de dépression périnatale, et atténue les douleurs lombaires. Elle permet également de préserver la condition physique et peut favoriser une meilleure récupération après la naissance. Il ne s’agit pas de rechercher la performance, mais simplement de rester active dans des conditions adaptées à son état de santé, à ses habitudes et à l’évolution de la grossesse.
Une alimentation variée et équilibrée, apportant suffisamment de protéines, de vitamines, de minéraux et d’acides gras essentiels, contribue à la qualité des tissus, à leur renouvellement et à leur réparation. Pendant la grossesse, les besoins nutritionnels évoluent pour accompagner les transformations du corps de la femme et le développement du bébé.
Le transit intestinal mérite également une attention particulière. La constipation est fréquente pendant la grossesse, notamment en raison des modifications hormonales, de la pression exercée par l’utérus et, chez certaines femmes, de la prise de fer. Les efforts de poussée répétés lors de la défécation augmentent les contraintes exercées sur le plancher pelvien. Une hydratation suffisante, une alimentation riche en fibres et une activité physique régulière permettent généralement de limiter ce phénomène. Si la constipation persiste, un accompagnement adapté par un professionnel de santé peut être nécessaire.
Enfin, le stress et les émotions peuvent eux aussi influencer le fonctionnement du périnée. En situation d’anxiété, de fatigue ou de douleur, certaines femmes contractent involontairement leur plancher pelvien. Cette réaction est normale lorsqu'elle est ponctuelle, mais une tension devenue chronique peut rendre le relâchement plus difficile et parfois favoriser certaines douleurs. Des pratiques comme la respiration abdominale consciente, la relaxation, la pleine conscience ou l’hypnose peuvent alors aider à retrouver davantage de relâchement et une meilleure coordination corporelle.
🔬 Ce que la recherche nous apprend
La grossesse modifie aussi le cerveau
Depuis quelques années, les neurosciences montrent que la grossesse s'accompagne de modifications durables (au moins deux ans) de certains réseaux cérébraux impliqués dans l'attention, les émotions, la perception du corps et les comportements parentaux.
Autrement dit, pendant que le périnée apprend progressivement à accompagner la grossesse, le cerveau, lui aussi, se réorganise pour préparer la maternité.
La grossesse est donc une période d'adaptation globale de l'organisme, bien au-delà du seul appareil reproducteur.
💡 Idée reçue
« Plus mon périnée est musclé pendant la grossesse, mieux ce sera pour l'accouchement. »
Pas nécessairement.
Un périnée efficace n'est pas seulement un périnée capable de se contracter. Il doit également savoir se relâcher, s'allonger et s'adapter au moment du passage du bébé.
Les connaissances actuelles montrent que la préparation périnéale ne vise pas à obtenir un périnée « le plus fort possible », mais un périnée fonctionnel, capable de mobiliser toute sa palette de réponses : soutenir, contracter, relâcher et accompagner la naissance au bon moment.
4 - Les outils de préparation
a - Le massage périnéal, l'approche la mieux étudiée
Parmi toutes les méthodes proposées pour préparer le périnée à l'accouchement, le massage périnéal est probablement celle qui a fait l'objet du plus grand nombre d'études scientifiques.
Quel est son principe ?
Le massage périnéal consiste à appliquer, dans les dernières semaines de grossesse, un étirement progressif et contrôlé des tissus situés à l'entrée du vagin et au niveau du périnée.
L'objectif est d'accompagner les adaptations naturelles qui se mettent déjà en place sous l'effet de la grossesse. Mais on ne dilate pas le vagin et on ne rend pas le périnée plus lâche.
À partir du troisième trimestre, les tissus du périnée deviennent progressivement plus extensibles. Les modifications hormonales, le remodelage du collagène et les changements mécaniques préparent progressivement cette région du corps au passage du bébé.
Le massage périnéal cherche à accompagner ce phénomène physiologique.
Les cellules responsables de l'organisation du tissu conjonctif sont capables de percevoir les contraintes mécaniques auxquelles elles sont soumises et d'y répondre en réorganisant progressivement les fibres de collagène. Ce phénomène, appelé mécanotransduction, explique pourquoi les tissus vivants s'adaptent progressivement aux sollicitations qu'ils rencontrent.
Même si cette adaptation ne permet pas d'expliquer à elle seule les bénéfices observés, elle fournit une base biologique crédible aux effets retrouvés dans certaines études.
Que montrent réellement les études ?
La revue Cochrane, qui rassemble les essais cliniques disponibles sur le sujet, conclut que le massage périnéal pratiqué à partir de 34 à 35 semaines de grossesse réduit modestement mais significativement le risque de traumatisme périnéal nécessitant une suture, en particulier chez les femmes qui accouchent pour la première fois. Les données montrent également une diminution du recours à l'épisiotomie dans cette population. En revanche, les bénéfices apparaissent beaucoup moins nets chez les femmes ayant déjà accouché par voie vaginale.
Les études ne montrent pas non plus que le massage périnéal empêcherait toutes les déchirures, ni qu'il réduirait à lui seul le risque de prolapsus, d'incontinence urinaire ou de troubles pelvi-périnéaux à long terme.
En d’autres termes, ces résultats montrent que le massage périnéal possède un effet réel, mais modéré : il ne garantit pas l'intégrité du périnée, mais peut contribuer à réduire la probabilité de certains traumatismes périnéaux.
Cela dit, en médecine, un bénéfice modeste n'est pas synonyme de bénéfice négligeable : lorsqu'une intervention est simple, peu coûteuse, bien tolérée et qu'elle présente un rapport bénéfice-risque favorable, elle peut avoir toute sa place dans une stratégie globale de prévention.
En résumé, le massage périnéal est :
- simple à apprendre ;
- peu coûteux ;
- généralement bien accepté ;
- présentant très peu d'effets indésirables lorsqu'il est correctement réalisé ;
- et susceptible d'apporter un bénéfice démontré, même s'il reste modeste.
💡 En pratique : ce qu'il faut savoir avant de commencer un massage périnéal
Le massage périnéal est une démarche simple, mais quelques principes permettent de le réaliser dans de bonnes conditions.
- Faut-il être accompagnée ? Il n'est pas indispensable d'être accompagnée, mais une sage-femme peut vous montrer le geste, vérifier qu'il est réalisé correctement, répondre à vos questions et vous aider à déterminer si cette approche est adaptée à votre situation. C'est souvent la meilleure façon d'aborder le massage périnéal avec confiance.
- Quand commencer ? Les études ayant montré un bénéfice ont généralement débuté le massage à partir de 34 à 35 semaines d'aménorrhée, lorsque la grossesse évoluait normalement.
- À quelle fréquence ? Le bénéfice observé est le plus net chez les femmes qui massaient environ une à deux fois par semaine, 5 à 10 minutes. Masser plus souvent n'apporte pas d'avantage démontré.
- Doit-il être douloureux ? Non. Le massage doit provoquer une sensation d'étirement modérée, jamais une douleur importante. Une douleur persistante doit conduire à interrompre le massage et à en parler avec le professionnel qui suit votre grossesse.
- Peut-on le réaliser seule ? Oui. Il peut être pratiqué seule ou avec son partenaire si la femme le souhaite. Le plus important est qu'elle se sente en confiance et respecte son confort.
- Faut-il utiliser une huile ? Une huile végétale adaptée ou un lubrifiant compatible avec la grossesse peut faciliter le geste en limitant les frottements. L'essentiel reste la douceur du massage plutôt que le produit utilisé.
- Existe-t-il des contre-indications ? Oui. En cas de rupture de la poche des eaux, de saignements inexpliqués, d'infection vaginale active, de placenta prævia, de menace d'accouchement prématuré ou plus généralement lorsque votre professionnel de santé vous a déconseillé les rapports sexuels ou les manipulations vaginales, le massage périnéal ne doit pas être entrepris sans avis médical.
- Et si je ne souhaite pas le faire ? Le massage périnéal n'est ni obligatoire, ni indispensable. Il constitue une possibilité parmi d'autres dans une préparation globale à la naissance. Choisir de ne pas le pratiquer ne signifie pas renoncer à prendre soin de son périnée.
b - Les dispositifs connectés de préparation périnéale
Au cours des dernières années, les progrès de la pelvi-périnéologie ont conduit à l'émergence de nouveaux outils destinés à accompagner la préparation du périnée pendant la grossesse.
Cette évolution répond à plusieurs constats. D’abord, celui que de nombreuses femmes ressentent une inquiétude quant au risque de déchirure périnéale lors de l’accouchement. Ensuite, celui que beaucoup d’entre nous éprouvons des difficultés à identifier correctement notre périnée, à distinguer une contraction d'un relâchement ou à reproduire seules, à domicile, les exercices qui nous ont été expliqués en consultation. D'autres interrompent rapidement leur entraînement faute de retour sur leurs progrès ou parce qu'elles ne savent pas si elles réalisent les mouvements correctement.
Rappelons ici qu'il est difficile d'apprendre un mouvement lorsque les muscles concernés sont invisibles et qu'aucun retour objectif ne permet de savoir si l'exercice est correctement réalisé.
Grâce à ce qu’on appelle le “biofeedback”, on peut désormais fournir à la femme une information en temps réel sur ce que fait réellement son périnée, afin de faciliter l'apprentissage, d'améliorer la qualité des exercices et de renforcer progressivement la conscience corporelle.
Les dispositifs à ballonnet ne sont pas nouveaux. Le plus ancien, Epi-No, est utilisé depuis de nombreuses années. Il a fait l'objet de deux essais randomisés aux conclusions divergentes : l'un a observé davantage de périnées intacts chez les utilisatrices (Ruckhäberle et al., 2009), l'autre, plus large, n'a pas retrouvé de diminution des traumatismes périnéaux (Kamisan Atan et al., 2016). Ces résultats illustrent la difficulté d'évaluer ce type d'approche, et l'importance de juger chaque dispositif sur ses propres données.
Emagina, un dispositif médical connecté
Sa particularité est d'associer plusieurs dimensions de la préparation à l’accouchement qui sont souvent abordées séparément : un travail progressif d'assouplissement des tissus grâce à un ballonnet gonflable, des exercices guidés de contraction et de relâchement du périnée, un biofeedback en temps réel permettant de visualiser les mouvements réalisés (grâce à une application sur le téléphone). Le tout se fait à domicile, en étant guidée par l’application.
Selon son fabricant, l'objectif d'Emagina est d’agir sur plusieurs composantes : améliorer la perception du périnée, favoriser un apprentissage moteur de qualité, accompagner progressivement l'assouplissement des tissus, développer la confiance de la future mère et encourager une pratique régulière grâce au guidage et au biofeedback.
Où se situe aujourd'hui le niveau de preuve ?
À ce jour, Emagina s'appuie sur des principes dont plusieurs sont déjà bien documentés dans la littérature scientifique : l'intérêt du biofeedback dans l'apprentissage moteur et le rôle de la conscience corporelle dans la qualité des contractions périnéales. L'intérêt d'assouplir les tissus avec un ballonnet reste, lui, débattu (voir Epi-No).
Le dispositif lui-même a également fait l'objet d'une investigation clinique prospective multicentrique randomisée (étude PERIFLEX), enregistrée avant son démarrage et menée auprès de femmes primipares.
Au moment de la rédaction de ce dossier, la publication de cette étude dans une revue à comité de lecture est en cours. Ses résultats seront présentés et discutés après publication, comme pour toute innovation médicale.
Cette prudence n'est pas un frein, elle constitue au contraire le fonctionnement normal de la médecine fondée sur les preuves.
Quelle place dans une préparation globale ?
À la lumière des connaissances actuelles, il serait scientifiquement inexact de présenter le dispositif médical Emagina comme une solution capable, à lui seul, de prévenir les déchirures périnéales, les prolapsus ou les troubles de la continence.
Ces événements dépendent d'un très grand nombre de facteurs : caractéristiques des tissus, déroulement du travail, position du bébé, pratiques obstétricales, facteurs génétiques, récupération postnatale et bien d'autres encore.
En revanche, il paraît cohérent de considérer ce type de dispositif comme un outil complémentaire, susceptible d'aider certaines femmes à mieux préparer leur périnée, à gagner en confiance et à pratiquer plus régulièrement les exercices proposés pendant la grossesse. C'est d'ailleurs dans cette logique qu'il est conçu : compléter, et non remplacer, l'accompagnement assuré par la sage-femme, le gynécologue ou le kinésithérapeute spécialisé.
💡 À retenir
Un dispositif médical est un outil, pas une promesse.
Les dispositifs connectés de préparation périnéale peuvent faciliter l'apprentissage, améliorer la qualité des exercices et encourager une pratique régulière. Leur intérêt est maximal lorsqu'ils s'intègrent dans une préparation globale associant information, accompagnement par une sage-femme ou un médecin, et, lorsque cela est indiqué, suivi par un kinésithérapeute spécialisé.
🔎 Transparence
Pourquoi parlons-nous d'Emagina dans ce dossier ?
MyLittlePessaire distribue le dispositif médical Emagina. Nous avons néanmoins choisi de le présenter selon les mêmes exigences que les autres approches abordées dans cet article : en distinguant les mécanismes biologiques plausibles, les données déjà démontrées, les études en cours et les questions qui restent encore ouvertes.
Cette transparence est essentielle. En santé, la confiance se construit non pas en promettant plus que ce que la science permet d'affirmer, mais en présentant honnêtement le niveau de preuve disponible à chaque étape.
Emagina est un dispositif médical, produit de santé réglementé qui porte, au titre de cette réglementation, le marquage CE. Fabricant : Mumming (France). Lisez attentivement la notice avant utilisation et demandez conseil à votre sage-femme ou à votre médecin.
❤️ Le regard de My Little Pessaire
Pendant neuf mois, votre périnée n'attend pas l'accouchement.
Il s'y prépare.
Chaque jour, il apprend à porter un peu plus, à devenir un peu plus souple, à dialoguer un peu mieux avec votre respiration et votre bassin.
Lorsqu'arrive le jour de la naissance, il n'improvise rien.
Il met en œuvre tout ce qu'il prépare silencieusement depuis le début de votre grossesse.
Article relu et validé par Jasmine Idir, sage-femme
Date de rédaction : 22 octobre 2026
Vos questions
Le massage périnéal est-il indispensable ?
Non. Pratiqué à partir de 34 à 35 semaines d'aménorrhée, il réduit modestement le risque de déchirure nécessitant une suture, surtout lors d'un premier accouchement. C'est une option utile, pas une obligation.
À suivre dans l'épisode 2 : le jour de l'accouchement, ce que vit le périnée et comment le protéger.
Et dans l'épisode 3 : après la naissance, comment le périnée se reconstruit et quand consulter.
Références de cet épisode : n° 2 à 8 (liste complète en fin de l'épisode 3).
Références
- Lien KC, Mooney B, DeLancey JOL, Ashton-Miller JA. Levator ani muscle stretch induced by simulated vaginal birth. Obstet Gynecol. 2004;103(1):31-40. doi:10.1097/01.AOG.0000109207.22354.65
- Romero R, Hassan SS, Gajer P, et al. The composition and stability of the vaginal microbiota of normal pregnant women is different from that of non-pregnant women. Microbiome. 2014;2(1):4. doi:10.1186/2049-2618-2-4
- Hoekzema E, Barba-Müller E, Pozzobon C, et al. Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure. Nat Neurosci. 2017;20(2):287-296. doi:10.1038/nn.4458
- Mottola MF, Davenport MH, Ruchat SM, et al. 2019 Canadian guideline for physical activity throughout pregnancy. Br J Sports Med. 2018;52(21):1339-1346. doi:10.1136/bjsports-2018-100056
- Davenport MH, Marchand AA, Mottola MF, et al. Exercise for the prevention and treatment of low back, pelvic girdle and lumbopelvic pain during pregnancy: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2019;53(2):90-98. doi:10.1136/bjsports-2018-099400
- Beckmann MM, Stock OM. Antenatal perineal massage for reducing perineal trauma. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(4):CD005123. doi:10.1002/14651858.CD005123.pub3
- Ruckhäberle E, Jundt K, Bäuerle M, et al. Prospective randomised multicentre trial with the birth trainer EPI-NO for the prevention of perineal trauma. Aust N Z J Obstet Gynaecol. 2009;49(5):478-483. doi:10.1111/j.1479-828X.2009.01044.x
- Kamisan Atan I, Shek KL, Langer S, et al. Does the Epi-No® birth trainer prevent vaginal birth-related pelvic floor trauma? A multicentre prospective randomised controlled trial. BJOG. 2016;123(6):995-1003. doi:10.1111/1471-0528.13924
- Lemos A, Amorim MM, Dornelas de Andrade A, et al. Pushing/bearing down methods for the second stage of labour. Cochrane Database Syst Rev. 2017;3:CD009124. doi:10.1002/14651858.CD009124.pub3
- Gupta JK, Sood A, Hofmeyr GJ, Vogel JP. Position in the second stage of labour for women without epidural anaesthesia. Cochrane Database Syst Rev. 2017;5:CD002006. doi:10.1002/14651858.CD002006.pub4
- Aasheim V, Nilsen ABV, Reinar LM, Lukasse M. Perineal techniques during the second stage of labour for reducing perineal trauma. Cochrane Database Syst Rev. 2017;6:CD006672. doi:10.1002/14651858.CD006672.pub3
- Ducarme G, Pizzoferrato AC, de Tayrac R, et al. Prévention et protection périnéale en obstétrique : recommandations pour la pratique clinique du CNGOF (texte court). Gynecol Obstet Fertil Senol. 2018;46(12):893-899. doi:10.1016/j.gofs.2018.10.032
- Keag OE, Norman JE, Stock SJ. Long-term risks and benefits associated with cesarean delivery for mother, baby, and subsequent pregnancies: systematic review and meta-analysis. PLoS Med. 2018;15(1):e1002494. doi:10.1371/journal.pmed.1002494
- Sperstad JB, Tennfjord MK, Hilde G, Ellström-Engh M, Bø K. Diastasis recti abdominis during pregnancy and 12 months after childbirth: prevalence, risk factors and report of lumbopelvic pain. Br J Sports Med. 2016;50(17):1092-1096. doi:10.1136/bjsports-2016-096065
- Capoccia Giovannini S, Hoffmann H, Bracale U, et al. Non operative management of postpartum diastasis recti: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Hernia. 2026;30(1). doi:10.1007/s10029-026-03671-1
- Lyons G, Nogueira R, Viana SW, et al. What is the evidence for abdominal and pelvic floor muscle training to treat diastasis recti abdominis postpartum? An updated systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials and trial sequential analysis. Hernia. 2026;30(1). doi:10.1007/s10029-026-03660-4
- Orozco Fernández R, Palacios Gil-Antuñano S. Genitourinary syndrome of lactation: an underrecognized postpartum condition affecting women's vulvovaginal, urinary and sexual health. Womens Health (Lond). 2026;22:17455057261490606. doi:10.1177/17455057261490606
- Haute Autorité de Santé. Sortie de maternité après accouchement : conditions et organisation du retour à domicile des mères et de leurs nouveau-nés. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis : HAS ; mars 2014. https://www.has-sante.fr/jcms/c_1290110/fr/
- Santé publique France (programme 1000 premiers jours). Le suivi médical après l'accouchement. Santé.fr ; 2024. https://www.sante.fr/node/1871327
- Sénat MV, Sentilhes L, Battut A, et al. Post-partum : recommandations pour la pratique clinique du CNGOF (texte court). J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris). 2015;44(10):1157-1166. doi:10.1016/j.jgyn.2015.09.017
- Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC. Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women. Cochrane Database Syst Rev. 2018;10:CD005654. doi:10.1002/14651858.CD005654.pub4
- Woodley SJ, Lawrenson P, Boyle R, et al. Pelvic floor muscle training for preventing and treating urinary and faecal incontinence in antenatal and postnatal women. Cochrane Database Syst Rev. 2020;5:CD007471. doi:10.1002/14651858.CD007471.pub4
- McDonald EA, Gartland D, Small R, Brown SJ. Dyspareunia and childbirth: a prospective cohort study. BJOG. 2015;122(5):672-679. doi:10.1111/1471-0528.13263
- Christopher SM, Donnelly G, Brockwell E, et al. Clinical and exercise professional opinion of return-to-running readiness after childbirth: an international Delphi study and consensus statement. Br J Sports Med. 2024;58(6):299-312. doi:10.1136/bjsports-2023-107489









