
Fuites urinaires : reprendre le contrôle grâce au pessaire
L’incontinence urinaire reste un sujet délicat, souvent entouré de gêne et de silence. Pourtant, elle touche près d’une femme sur trois au cours de sa vie. Qu’elle apparaisse après une grossesse, à la ménopause, pendant le sport, ou simplement au fil du temps, elle altère profondément la qualité de vie. Beaucoup se résignent, pensant qu’il s’agit d’un passage obligé de l’âge ou d’une conséquence “normale” de la maternité. Et pourtant : il existe une solution simple, efficace, réversible et désormais remboursée par la Sécurité sociale — le pessaire.
Longtemps cantonné à la prise en charge du prolapsus, le pessaire connaît aujourd’hui une véritable renaissance. Les nombreuses études (anciennes et récentes), les recommandations internationales et les retours des patientes et des soignants convergent : véritable allié et complément de la rééducation pelvi-périnéale, ce petit dispositif en silicone pourrait bien transformer l’approche de l’incontinence urinaire féminine.
Comprendre les différents types d’incontinence urinaire
Avant de parler de traitement, il est essentiel de comprendre que l’incontinence urinaire n’a pas une seule cause. Elle recouvre plusieurs mécanismes physiopathologiques distincts, qui peuvent parfois coexister.
🔷L’incontinence par impériosité (ou urgence mictionnelle)
Ici, les fuites ne surviennent pas à cause d’un effort, mais d’un besoin pressant et soudain d’uriner, parfois impossible à contenir.
Ce type d’incontinence est lié à une hyperactivité du détrusor, le muscle de la vessie : celui-ci se contracte de manière inappropriée, même quand la vessie n’est pas pleine.
Les causes peuvent être multiples : irritations locales, troubles neurologiques, infections, déficit œstrogénique ou simple hypersensibilité vésicale. Elle s’accompagne souvent d’une pollakiurie (envies fréquentes) et d’un lever nocturne.
🔷L’incontinence mixte
Chez de nombreuses femmes, les deux mécanismes coexistent : le relâchement mécanique du plancher pelvien s’ajoute à une vessie trop active.C’est ce qu’on appelle l’incontinence urinaire mixte — la plus complexe à traiter, car elle combine une part mécanique et une part fonctionnelle.
🔷 Les formes plus rares
Certaines incontinences ont des causes spécifiques :
- L’incontinence par regorgement, due à une vessie distendue qui ne se vide pas complètement (souvent après chirurgie ou chez les femmes âgées)
- Les fistules urinaires, exceptionnelles en France, mais à connaître dans les contextes post-chirurgicaux ou obstétricaux complexes.
Comprendre le mécanisme précis de l’incontinence permet d’adapter le traitement. C’est pourquoi le diagnostic doit toujours être complet et individualisé — le pessaire y trouve souvent (mais pas toujours) sa place, à la fois comme test fonctionnel et comme solution thérapeutique immédiate.
Le pessaire, une solution simple et immédiate aux fuites urinaires d’effort
Le pessaire est un dispositif médical en silicone, inséré dans le vagin. Son rôle est purement mécanique : il soutient et remet en tension les parois vaginales et aide à repositionner les organes du petit bassin — notamment la vessie et l’urètre. Ce simple effet de soutien suffit souvent à corriger le déséquilibre à l’origine des fuites urinaires.
L’efficacité et le mode d’action du pessaire dépend donc du type d’incontinence.
Pour les femmes souffrant d’incontinence à l’effort, le pessaire agit comme un mini soutien anatomique interne : il compense le défaut de soutien apporté par le plancher pelvien et maintient l’urètre et le col vésical, limitant leur hypermobilité lors des efforts physiques, des toux ou des rires. Résultat : les fuites diminuent, généralement dès les premières heures d’utilisation du pessaire.
Lorsque les fuites sont liées à un défaut du sphincter, le pessaire peut parfois apporter un léger effet obturateur, en redonnant un appui périvésical et urétral, mais son efficacité dépendra surtout du degré de défaillance sphinctérienne. Dans ces situations, une prise en charge combinée — associant pessaire, rééducation et éventuellement traitement chirurgical ciblé — est souvent la plus adaptée.
Dans le cas d’hyperactivité vésicale ou d’impériosité, le pessaire peut réduire les symptômes et les fuites si cette hyperactivité vésicale est liée à la descente, plus ou moins importante, de la vessie dans le canal vaginal (prolapsus de la vessie, ou cystocèle). Le pessaire agit dans ce cas de façon plus indirecte mais tout aussi efficace : il améliore la position de la vessie, ce qui favorise sa vidange et réduit les irritations locales, et atténue par conséquent la sensation d’urgence et la fréquence des mictions.
Pour une incontinence mixte, le pessaire trouve ici tout son intérêt : en corrigeant la composante mécanique, il peut réduire la fréquence des fuites et permettre de mieux cibler ensuite les autres facteurs (rééducation, hygiène de vie, médicaments).
Ce qui est particulièrement intéressant avec le pessaire, c’est la rapidité de son effet. Contrairement à la chirurgie, à la rééducation ou aux traitements médicamenteux, l’efficacité du pessaire est immédiate – à partir du moment où le bon modèle et la bonne taille de pessaire ont été déterminés en consultation avec un professionnel de santé.
Autre avantage : le pessaire est sûr, et totalement réversible. S’il ne convient pas, il suffit de le retirer. Cette simplicité en fait un outil particulièrement rassurant pour les patientes.
Enfin, le pessaire peut être utilisé “à la carte”, en fonction des besoins de chaque femme. Si une patiente présente des fuites urinaires uniquement pendant certaines activités sportives par exemple, elle peut ne porter son pessaire que pendant les activités concernées. A l’inverse, il est possible de porter le pessaire en continu si le besoin est permanent.
Un dispositif désormais reconnu et remboursé
La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande depuis 2021 le pessaire et la rééducation périnéale comme traitements de première intention du prolapsus, quels que soient l’âge de la femme et la gravité des symptômes.
Et depuis l’arrêté du 20 septembre 2024, le pessaire est enfin inscrit à la Liste des Produits et Prestations Remboursables (LPP) : une avancée historique pour la santé pelvienne féminine en France. Le pessaire est donc désormais pris en charge par l’Assurance Maladie, pour le prolapsus ainsi que pour l’incontinence urinaire.
Dans d’autres pays, le pessaire est déjà un réflexe de première ligne depuis des décennies. Aux États-Unis et au Canada, près de 9 médecins sur 10 le prescrivent avant d’envisager la chirurgie, et le pessaire est recommandé comme traitement de première intention de l’incontinence urinaire d’effort par la société canadienne d’urologie.
Les résultats sont d’ailleurs sans appel : plus de 90 % des patientes se déclarent satisfaites avec leur pessaire. Les études montrent une amélioration moyenne des symptômes urinaires de plus de 50 %, et une réduction des fuites dans 45 à 80 % des cas.
Quand le pessaire devient un outil de diagnostic
Au-delà du traitement, le pessaire peut aussi servir à mieux comprendre les troubles pelviens et en particulier les symptômes urinaires. On parle alors de test au pessaire : il s’agit d’un essai de quelques jours ou semaines, pendant lequel la femme vit avec le dispositif dans ses conditions de vie habituelles.
Ce test permet d’identifier certaines situations cachées, comme une incontinence d’effort masquée par un prolapsus, qui ne se révèle qu’une fois le prolapsus corrigé. Il peut aussi aider à repérer la persistance de troubles de vidange vésicale ou d’impériosité persistante avant d’envisager une chirurgie.
Ce type d’évaluation, encore trop peu souvent pratiquée en France, permet pourtant d’éviter bien des erreurs de diagnostic ou d’interventions inutiles. Le pessaire devient alors un outil d’exploration fonctionnelle, à la fois simple, non invasif et hautement instructif.
Le test au pessaire constitue aussi une aide à la décision concernant une chirurgie : en simulant les effets de la chirurgie, il permet d’en anticiper les résultats, mais aussi de tester une option thérapeutique plus conservatrice et réversible, ou encore d’avoir le temps de s’organiser et de préparer l’opération.
Quel pessaire pour traiter les fuites urinaires ? Une approche personnalisée, centrée sur chaque femme
Le choix du pessaire dépend de la morphologie, du type d’incontinence et du mode de vie de chaque femme. Il existe aujourd’hui des modèles variés — anneaux, Dish (ou bols) urétraux, cubes (ou cubes tandem) — qui permettent d’adapter finement le traitement.
En général, pour une incontinence urinaire d’effort, c’est le pessaire de type Dish ou bol urétral qui est le plus adapté. Ce pessaire est doté d’un “bouton” à l’avant qui offre un soutien au sphincter de la vessie et à l’urètre et compensent les pressions intra-abdominales qui s’exercent dessus. Ce système est efficace en cas d’incontinence urinaire d’effort accompagnée d’un prolapsus (le pessaire va alors repositionner les organes prolabés et corriger les fuites à l’effort), mais aussi en cas de fuite urinaires à l’effort seules, sans prolapsus.
En cas d’incontinence par hyperactivité vésicale liée à (ou aggravée par) la descente de la vessie, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à un pessaire d’incontinence. Tous les pessaires, à partir du moment où ils permettent de replacer la vessie et d’améliorer sa vidange et l’inflammation locale des tissus, pourront permettre de corriger tout ou partie des fuites.
Dans tous les cas, trouver le bon pessaire qui permettra de corriger les fuites urinaires nécessite de consulter et de réaliser des essais avec des pessaires test avec un professionnel de santé formé et équipé.
Trouver le bon pessaire nécessite souvent plusieurs essais, et c’est normal : chaque vagin, chaque dynamique pelvienne est unique. L’essentiel est d’être accompagnée, informée et impliquée dans le processus.
Cette personnalisation fait partie des “règles d’or” de la réussite de la prise en charge par pessaire : prendre le temps d’expliquer, de rassurer, d’ajuster. Une patiente bien informée est une patiente qui adhère. Les études montrent d’ailleurs que le taux d’acceptation du pessaire est directement corrélé à la qualité de l’accompagnement.
L’objectif n’est pas seulement de supprimer les fuites, mais d’aider la femme à reprendre confiance en son corps, à redevenir actrice de sa santé intime.
Cette autonomisation passe aussi par l’apprentissage du retrait et de la réinsertion du pessaire, que de nombreuses femmes pratiquent ensuite seules à la maison, selon leurs besoins.
L’innovation au service du confort et de l’autonomie des femmes
Le domaine du pessaire a beaucoup évolué ces dernières années. De nouveaux dispositifs ont été conçus pour faciliter la vie des utilisatrices.
L’Assistant Pessaire, en particulier, est un petit dispositif médical qui permet une insertion et un retrait plus aisés du pessaire grâce à une forme ergonomique en “U” et à un crochet souple — une aide précieuse pour les femmes souffrant d’arthrose ou ayant des difficultés de préhension.

Parallèlement, des soins complémentaires — gels hydratants à base d’acide hyaluronique, lubrifiants bio, dispositifs de rééducation connectés — favorisent une approche globale du bien-être vulvo-vaginal et pelvien, et une utilisation totalement confortable du pessaire.
L’idée n’est plus seulement de “traiter” l’incontinence, mais d’accompagner les femmes vers une meilleure connaissance et une meilleure appropriation de leur corps.
Loin de l’image médicale froide, le pessaire devient un outil d’émancipation.
Et pour les soignants ?
Médecins, sages-femmes, kinésithérapeutes, infirmiers spécialisés : tous ont un rôle clé à jouer dans la diffusion de cette solution.
Prescrire ou adapter un pessaire demande du temps, de la pédagogie, mais aussi une écoute fine. Ce n’est pas un geste technique, c’est un accompagnement global et humain.
De plus en plus de formations professionnelles, comme celles proposées par Savantes, permettent aujourd’hui de se former à cette pratique et d’intégrer cette approche dans la routine de soin.
En travaillant ensemble, soignants et patientes peuvent transformer la perception du corps féminin et de ses fragilités — non plus comme des fatalités, mais comme des réalités physiologiques qu’il est possible de comprendre et d’apprivoiser.
Retrouver la liberté d’un corps confiant
Le pessaire n’est ni un gadget, ni un vestige du passé. C’est un outil moderne, efficace et profondément humain, qui s’inscrit dans une médecine de la confiance et du choix.
Dans le cadre d’une incontinence urinaire, il permet de retrouver une vie normale et en mouvement, d’éviter, de retarder, d’attendre ou d’optimiser une éventuelle chirurgie, d’alléger le recours aux protections hygiéniques, et surtout, de redonner aux femmes le sentiment de maîtriser leur corps.
Chaque fois qu’une femme retrouve la liberté de courir, de rire ou d’aimer sans crainte de fuite, c’est une victoire silencieuse, mais immense.
Et si l’on cessait de voir le pessaire comme un compromis, pour le reconnaître enfin comme ce qu’il est : une révolution douce dans la santé des femmes.
📚Références bibliographiques
- Recommandations HAS, Prise en charge thérapeutique du prolapsus génital féminin, 2021.
- Arrêté du 20 septembre 2024, portant inscription des pessaires au chapitre 1er, titre Ier, de la liste des produits et prestations remboursables (LPP).
- Ministère de la Santé, Fiche patiente sur l’incontinence urinaire d’effort, France.
- Canadian Urological Association, Guidelines on the management of stress urinary incontinence, 2021.
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